mardi 31 mars 2015

mardi 26 avril 2011

mercredi 13 octobre 2010

MES CLASSES

En temps que sursitaire, je n’ai intégré la communauté militaire qu’en juillet 1959 à l’âge de vingt et un ans. Je n’ai pas rejoint directement l’Algérie comme certains, ni l’Allemagne comme beaucoup. Je me suis retrouvé à faire mes classes au 1er régiment d’artillerie marine à Melun. Actuellement ce régiment n’est plus à Melun mais à Laon dans l’Aisne.
L’infanterie et l’artillerie marine n’ont rien à voir avec les bateaux. Ces deux corps d’armée ont été créés pour la défense de nos colonies.
L’artillerie ce n’est pas l’infanterie. Je me suis donc dit, dans ma petite tête : chouette je suis tranquille pour la suite.
Erreur, grossière erreur.
A Melun, je me retrouve affecté dans une section d’apprentissage de conduite automobile bien qu’ayant déjà mon permis voiture légère dans le civil. Il s’agit d’apprendre à conduire des poids lourds, en l’occurrence, à l’époque, des GMC.
GMC est l’abréviation de la société américaine « General Motor Corp ».
Cet apprentissage est bien plus difficile que l’équivalent dans le civil.
Nous apprenons notamment à passer les vitesses sans faire « crier » la boite.
La technique consiste à pratiquer ce que l’on appelle le double pédalage. Il faut débrayer et embrayer deux fois avec un coup d’accélérateur au point mort avant de passer la vitesse.
Nous apprenons aussi à rentrer en marche arrière dans un garage avec seulement dix centimètres de jeu de chaque côté.
Nous passons sur des ponts étroits et très en pente avec un arrêt au milieu. Nous devons utiliser le crabot pour redémarrer, sans reculer dans la pente.
Le crabot est un système mécanique qui permet, par l’intermédiaire d’un levier, d’avoir toutes les roues du véhicule motorisées. Nous utilisons le petit accélérateur manuel pour démarrer dans la pente.
Cet accélérateur existe aussi sur jeep.
Nous participons également à un gymkhana autour de quilles posées au sol.
Nous réalisons des marches arrière à angle droit le long d’un trottoir en restant le plus parallèle possible et sans toucher au trottoir.
Il y avait certainement d’autres réjouissances mais je n’en ai pas souvenirs. Tout cela se faisait sur un GMC sans direction assistée bien sûr.
Une connaissance approfondie des différents moteurs ainsi que des dépannages éventuels nous sont également inculqués.
Notre instructeur est un maréchal des logis chef assez sympa de trente cinq à quarante ans.
Bien sûr nous ne faisons pas que de la conduite automobile. De temps en temps nous visitons la campagne environnante avec le sac à dos et en arme mais sans munition. Nous allons également sur le pas de tir pour nous entraîner sur des cibles. Je suis un très bon tireur mais ça je le savais déjà. La suite de mon « sapin » me démontrera que j’ai eu tort d’exhiber mes talents.
C’est à Melun que je vois un fusil Garant pour la première fois. C’est le fusil de débarquement des américains en juin quarante quatre. Nous apprenons à le démonter et à le remonter. C’est une vraie saloperie. Il a un nombre important de pièces si bien qu’il s’enraye souvent. Je n’ai jamais revu ce fusil par la suite.
Pourquoi apprendre à démonter et remonter le fusil Garant que nous ne reverrons plus par la suite?
De temps en temps nous apprenons à marcher au pas. Etant l’un des plus grands de la bande je me retrouve « homme de base ». L’homme de base est celui qui est à l’extrême gauche de la première ligne et donc de la première colonne. C’est sur ce soldat que tous les autres s’alignent pour marcher. Comme vous voyez, je commence déjà à faire du zèle. Pourtant je n’ai rien demandé. Je dois avoir une tête sympa qui m’a poursuivi pendant toute la durée de mon service militaire.
Nous avons un gros problème pour les permissions. Le commandant n’accorde que des permes de la journée ou de vingt quatre heures maximum.
En trois mois je n’ai jamais pu aller chez moi en Bretagne. Pour compenser je me suis rendu souvent dans la famille que j’ai en région parisienne.
J’ai une pensée pour un oncle et une tante qui m’ont souvent reçu chez eux. Ils habitaient Montrouge.
Je vous assure que j’ai souvent fait le mur de la caserne.
Il faut que je vous raconte mes prouesses en la matière. La caserne est entourée d’un mur d’environ trois mètres de haut. J’ai repéré que des petits malins ont stocké des pavés dans un coin et que de l’autre côté, dans la rue, il y a un poteau électrique en béton collé au mur. Je ne sais plus combien de fois je me suis servi de cet endroit pour fuguer.
Au cours de mes trajets sur Paris en train j’ai toujours réussi à échapper aux contrôles militaires.
Quant aux contrôles dans la caserne, il n’y en a pratiquement jamais eu. Je soupçonne les gradés d’être un peu conciliants pour ne pas dire complices.
Après tout, nous ne sommes que de passage et plus des trois quarts d’entre nous partiront en Algérie. Ils nous foutent donc la paix.
Dans l’ensemble les gars de ma section sont sympa et nous n’avons pas été les derniers à faire les blagues classiques des troufions.
Connaissez-vous le lit en portefeuille ? Le jeu consiste à plier le drap du dessus en deux afin d’empêcher toute pénétration entre les deux draps : ça marche à tous les coups.
Nous avons également ligoté des copains sur leur lit pendant leur sommeil. Le réveil n’est pas triste : certains paniquent.
Autre distraction. La tête de notre lit est encastrée dans une espèce d’alcôve avec un placard à gauche et un autre à droite. Nous profitons lâchement du sommeil du copain pour soulever son lit par les pieds arrières et le plaquer contre cette armoire. Notre dormeur tombe cul par dessus tête, enfermé dans l’alcôve. Croyez- moi, ça réveille.
Voulez-vous encore d’autres blagues du même acabit ?
Pendant le sommeil de votre pote, vous lui mettez le petit doigt dans un verre d’eau. Il paraît que ça fait pisser au lit. Je ne me souviens pas du résultat : personne ne s’en est vanté.
Les godillots à clous que l’on frotte l’un sur l’autre de plus en plus vite pour interrompre les ronflements du dormeur. Nous l’avons essayé et ça marche. Le copain finit par s’étouffer plus ou moins et il se réveille.
Après un stage de trois mois dans cette discipline et l’obtention de mon permis poids lourds et en guise de remerciements, l’armée nous parachute en manœuvres à Mourmelon dans la Marne.
Là, j’ai encore un coup de chance.
Je me retrouve affecté comme chauffeur de la jeep du vaguemestre, un adjudant assez sympa.
La chance, je l’ai eu au début pendant mes classes et pas après. J’aurais préféré l’inverse.
Heureusement que je n’ai pas participé aux manœuvres car le temps était plutôt mauvais. Il a beaucoup plu si bien que la boue est présente partout.
Cela nous donne une petite idée du calvaire des poilus de la guerre de 14-18. Pendant l’hiver 44-45 les soldats n’étaient pas mieux lotis, dans le froid et la neige des Ardennes.
J’ai deux histoires croustillantes de cette période à Mourmelon à vous raconter. Au retour de la poste avec le courrier je me souviens avoir plus ou moins raté un tonneau dans un virage, au grand « dam » de mon adjudant qui n’a rien dit mais a serré les fesses : moi aussi d’ailleurs.
Il faut dire, qu’à l’époque, j’étais un peu casse-cou. J’avais passé ma jeunesse à fréquenter les stades : foot, basket, athlétisme, vélo, natation …
J’étais nettement moins bon à l’école.
Autrement dit, j’avais la pêche.
A Mourmelon, j’ai retrouvé un copain d’enfance. Inutile de vous dire que, pendant nos temps libres, nous ne nous sommes pas lâchés. Nos manœuvres se sont terminées par une escapade non autorisée en dehors du camp. C’est quand même plus facile de foutre le camp sans rien dire que d’essayer d’avoir une perme.
D’autant plus qu’une perme est presque toujours refusée.
Nous avons pris d’assaut tous les bars du coin et peut-être essayé de draguer un peu les nanas. Je ne me souviens pas avoir rencontré de filles « canon » dans le coin. Nous sommes rentrés au camp, dans la nuit, accompagnés d’une biture mémorable.
Par égard pour les âmes sensibles, je ne vous raconterai pas la suite de mon ivresse dans mon plumard à étage : gare à celui d’en dessous. Ce n’est pas « jojo ».
Une sacrée gueule de bois s’est accrochée à nos « basques » pendant toute la journée du lendemain. Mon pote et moi nous nous sommes séparés quelques jours après pour regagner notre caserne respective.
A ce stade de mon récit je me dois de faire une parenthèse. Si j’utilise beaucoup de mots d’argot dans mon récit c’est par intention. J’ai voulu rester au plus près de la prose utilisée à l’époque par les troufions.
Je n’ai pas la prétention d’écrire une œuvre de haute littérature. J’espère que les érudits ne m’en voudront pas et qu’ils pardonneront mes écarts de langage.
De retour à Melun, nos classes se sont achevées par la divulgation de notre future affectation attendue et redoutée. Je me suis retrouvé, comme la plupart, avec une destination algérienne, au 1/42e régiment d’artillerie basé à Carnot.
Oui, oui, vous avez bien entendu.
Je fais mes classes en France dans un régiment d’artillerie coloniale et, par la suite, je suis muté en Algérie dans un régiment d’artillerie métropolitaine. Les mystères de l’armée française.
Ne cherchez pas ce régiment, il a disparu.
Je pense qu’il n’existe plus : peut-être sous un autre nom !
Avec mon permis, je vais sans doute piloter une jeep ou, au pire, un camion.
Vous allez voir que les voies de l’armée, comme les voies du seigneur, sont impénétrables.
Pour une surprise, ce fut une surprise.
Carnot se trouve, à environ cent cinquante km à l’ouest d’Alger, entre Affreville et Orléansville. Une autre parenthèse. Je n’utiliserai dans mon récit que des noms de villes et villages utilisés avant 1962 . Tous les noms à consonance européenne ont été changés à l’indépendance de l’Algérie.
J’ai réussi à trouver une carte de l’époque.
Kherba et Rouina ont conservé leur nom.
Affreville est devenu Khemis Miliana
Orléansville est devenu Chlef
Duperré est devenu Ain Delfa
Avant de partir pour l’Algérie une perme de quelques jours n’est pas de refus mais pas toujours agréable surtout pour les parents qui se doivent de faire bonne figure mais le cœur n’y est pas.
J’engrange un maximum de sorties avec les copains.
Je me couche tôt le matin presque tous les jours. A l’époque les sorties consistent surtout à aller danser dans des bals.
J’étais assez friand de ce genre de distractions qui vous permettent de voir des filles de près et surtout de les toucher.
Les boites de nuit n’existaient pas ou alors très peu. Je ne suis pas prêt de refaire la fête. Après moult recommandations des parents, je regagne Melun.
A la caserne nous traînons quelques jours entre le foyer et notre dortoir. Imaginez des dizaines de troufions au foyer : c’est très bruyant. Le foyer est le bar des simples soldats. Les bières englouties et le stress à l’approche du départ ne font pas bon ménage.
Il y a souvent des bagarres.
Nous sommes consignés dans la caserne avant notre départ. Nous avons droit à la série de piqûres traditionnelles. Nous sommes tous à la queue leu leu. Les infirmiers ont vraiment de l’entraînement. L’un d’eux nous badigeonne l’épaule, l’autre plante l’aiguille et le dernier nous injecte le produit. Certains ont du mal à supporter ces piqûres. Ils tournent carrément de l’œil. D’autres sont malades après car ils n’ont pas respecté le jeûne qui doit précéder.

MON VOYAGE VERS L'ALGERIE

Nous partons de Melun pour Marseille le 9 novembre 1959.
Le voyage en train est pénible car c’est un train spécial militaire. Le convoi s’arrête partout, et parfois longtemps, pour laisser passer les trains réguliers. Notre passage à la caserne de Marseille me laisse un mauvais souvenir.
Nous sommes agressés par des punaises toute la nuit. C’est la première fois que je suis confronté à ce genre de petites bestioles. Des milliers de soldats transitent tous les jours et la propreté laisse à désirer.
Après une nuit à Marseille nous embarquons sur le bateau transport de troupes « Ville d’Alger ». Je me demande combien de soldats sont sur ce navire : plusieurs milliers sans doute.
Toutes les tenues militaires sont de sortie. C’est vraiment un échantillonnage complet. C’est celle des spahis que je préfère, surtout que certains ont déjà revêtu leur cape rouge d’hiver.
Le confort à bord est pour ainsi dire inexistant. Quant à la nourriture, c’est franchement dégueulasse. Nous sommes logés à fond de cale, chacun avec un transat pour essayer de dormir. Dans mon coin il n’y a même pas un hublot. La mer n’est pas mauvaise. Nous sommes juste un peu secoués au large de la Corse. Rien de bien méchant et pourtant, après quelques heures de navigation, les premiers symptômes de mal de mer commencent à tirailler certains d’entre nous. Pas mal de gars vomissent et l’odeur devient vite désagréable.
Je remonte sur le pont avec mon transat respirer l’air du large et terminer ma nuit dans de meilleures conditions, emmitouflé dans ma capote. La capote est le par-dessus du militaire. Je préfère avoir froid plutôt que de respirer le « dégueuli » et finir par être malade à mon tour.
J’ai donc échappé à ces malaises et débarqué à Alger dans de bonnes conditions après trente cinq heures de navigation.
Tout le monde est sur le pont à l’approche de la ville qui est vraiment très belle. Je comprends pourquoi on l’appelle Alger la Blanche.
La caserne de transit n’est pas mieux que celle de Marseille. Le lendemain nous partons en train pour notre lieu de villégiature. Nourri et blanchi au frais de la princesse comme on dit. Je m’en serais bien passé de cette princesse. Je crois que ce trajet nous a fait prendre conscience que la métropole est désormais bien loin. La traversée de gorges profondes sans arbre nous impressionne.
La voie ferrée longe la RN4 et l’oued Chélif sur une bonne partie du parcours. Je vous en reparlerai souvent de cet oued.
Oued est un mot arabe qui veut dire cours d’eau. Les oueds sont souvent desséchés une partie de l’année mais peuvent également avoir des débits importants en hiver.
Notons au passage que ce fameux train de transport n’est équipé que de deux ou trois wagons de voyageurs et de quelques wagons de marchandises.
Sa particularité est d’être pourvu, devant la locomotive, d’un ou deux wagons à plateaux découverts qui sont sacrifiés en cas de passage sur une mine. Une petite section de militaires armés veille à la sécurité du train.
La plaine de l’oued Chélif que nous traversons est surprenante et très belle. Abstraction faite des montagnes qui la bordent, on se croirait en Beauce.
De vastes cultures céréalières plantées parfois d’oliviers.
De temps en temps un bouquet d’arbres indique la présence d’un village ou d’une grosse ferme.
Nous longeons aussi de grandes orangeraies.
Ah ! Les oranges d’Algérie : les meilleures que j’ai mangées. Elles sont très grosses et ont une peau épaisse. Elles sont juteuses et très sucrées. J’ai participé plusieurs fois au vol organisé de ces oranges pour améliorer notre ordinaire. Ces orangeraies sont souvent surveillées par un gardien qui nous laisse faire de peur de représailles. N’importe comment il ne va pas prendre de risques pour un salaire de misère.
Rassurez-vous, braves gens, en deux ans j’ai peut-être rapiné trois ou quatre fois sans plus.
Notre arrivée à Carnot passe à peu près inaperçue. Il faut dire que nous n’étions qu’une douzaine de nouveaux.
Le passage aux affectations nous donne notre lieu de villégiature dans les quatre différentes batteries et le Poste de Commandement du régiment : en abrégé le PC.
Nous croisons pas mal de troufions qui n’ont pas l’air d’être débordés. C’est une vrai fourmilière.
Je me suis souvent demandé à quoi pouvait servir tous ces militaires au PC d’un régiment. Il y a pas mal de gradés.
Qui a dit qu’il y a de la planque dans l’air ?
C’est ainsi que je me trouve affecté à la 4e batterie basée à Kherba au pied des montagnes du massif El Anay.
Une parenthèse, pour les néophytes. Cette batterie est, à peu près, l’équivalent d’une compagnie dans l’infanterie.
Le paquetage en bandoulière, nous sommes prêts pour notre ultime destination. Un camion GMC nous attend. C’est certainement le meilleur camion transport de troupes de l’armée. J’aurai l’occasion d’en reparler.
Accostés par des troufions du PC avant notre départ, j’apprends, avec stupeur, que ma future batterie est en réalité un commando de chasse. Tous sont unanimes. Tu n’as pas de chance, il n’y a pas pire dans le coin.
Qu’à cela ne tienne, je verrai bien. N’importe comment je n’ai pas le choix : en route pour le commando.
Je n’avais vraiment pas la moindre idée de ce qui m’attendait.
Et oui, peu de gens savent qu’il y avait des commandos du contingent en Algérie et encore moins dans l’artillerie.
Pour votre gouverne messieurs les médias il n’y avait pas que des Commandos Marine à l’époque.
Je n’ai jamais compris pourquoi on associe toujours les commandos à la marine. Il n’y a pas que la marine qui en possède. Le notre en est la preuve.
C’est quand même incroyable que tant de personnes racontent tout et n’importe quoi sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. On pourrait écrire des dizaines et des dizaines de livres sur l’incompétence, dans tous les domaines, de certains professionnels de l’écriture.
Je me suis toujours demandé comment des gens, réputés intelligents, pouvaient avoir des réflexions aussi débiles sur la guerre d’Algérie.
« Pourquoi les jeunes appelés n’ont pas refusé, ne se sont pas révoltés, contre cette guerre injustifiée et inqualifiable ».
C'est très facile de raisonner ainsi cinquante après, surtout quand on n’y a pas participé, ni de près, ni de loin.
N’oubliez pas, messieurs, que nous n’avions que vingt ans. Nous n’étions même pas majeur à l’époque. Certains d’entre nous ne sont jamais sortis de leur village natal, très peu de leur département. J’avais pas mal de copains qui savaient à peine lire et écrire.
Je me souviens que, pendant mes classes à Melun, ils avaient la possibilité d’apprendre les rudiments de notre belle langue.
Aujourd’hui il y a toujours des analphabètes mais il n’y a plus l’armée pour corriger ces lacunes. Le service militaire obligatoire n’existe plus. Quelle bêtise !
Ceci est une réflexion personnelle qui n’engage que moi bien sûr.

LE COMMANDO

Les commandos de chasse ont été créés par le général CHALLE pendant la guerre d’Algérie. Ils les avait appelés mes «Têtes Chercheuses ». Ils ont été supprimés après. A ma connaissance ils n’existent plus.
D’après la presse actuelle, spécialisée en la matière, ces commandos sont les unités qui ont le plus souffert sur le terrain, plus que la légion et les paras.
Ce n’est pas moi qui le dit.
Une petite explication s’impose sur ces commandos de chasse. Unités combattantes équipées d’un armement léger, leur mission est d’être sur le terrain pratiquement tout le temps. Leur caractéristique principale est de pouvoir partir très vite en opération, par n’importe quel temps et pour une durée indéterminée.
Les commandos de chasse ont parfois un nom personnalisé, souvent le nom de leur créateur, et toujours un numéro d’indicatif.
Pourquoi Challe a créé ces commandos ?
En 1959, les rebelles, qui ont subi de lourdes pertes, se réorganisent en unités plus petites. Ils se regroupent en katiba ou en fasila. La katiba est, à peu près, l’équivalent d’une compagnie d’environ une centaine de soldats. La fasila représente une section dans notre armée soit une trentaine d’hommes.
A mon arrivée en 59 mon commando combattait donc des katibas et, surtout, des fasilas.
Du fait de la dispersion des rebelles en petites unités, la guerre sur le terrain avait complètement changé. C’est pour harceler ces petites unités que le général Challe a créé les commandos de chasse.
Voilà la raison de notre présence quasi permanente dans le djébel et de nos nombreux accrochages, pratiquement à chacune de nos sorties. En insécurité permanente, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes de jour comme de nuit.
Vous allez voir, qu’en effet, nous n’avions rien à envier aux légionnaires et aux paras pour ce qui est du baroud et du casse-pipe.
Ceci me rappelle une discussion avec un copain de travail il n’y a pas si longtemps.
Il a mon âge et m’affirmait avoir également fait partie d’un commando en Algérie.
A ma demande, il a été incapable de me donner le nom ou l’indicatif de son commando. Cherchez l’erreur. Pourquoi les gens veulent-ils toujours se faire « mousser » ?
Le mien est le commando de chasse Bertin-Mourot. Son indicatif est Kimono 40. Beaucoup de ces commandos ont comme indicatif Kimono…Il a été créé en octobre 1958 par le lieutenant Bertin-Mourot, un an avant mon arrivée. Bertin-Mourot est mort en Algérie en avril 1959. Je ne l’ai pas connu.
Ces informations me viennent d’un copain actuel qui était au commando à son origine, salut GM, et que j’ai côtoyé pendant quelques mois. Salut également à RB, GG, MI, GV, que j’ai également connu un peu plus tard. Je n’ai retrouvé que ces cinq compagnons de baroud. Je les ai trouvés en fouinant sur tous les sites internet spécialisés. Nous échangeons nos souvenirs et nos photos plus de quarante cinq ans après.
Ces unités, appelées « Harkas » ou « Commandos », ont les indicatifs de « Kimono », « Volontaire » ou « Partisan » associés à un numéro d’ordre.
Notre commando est formé d’une unité de commandement, de quatre sections d’environ trente soldats chacune et d’une petite section non opérationnelle pour l’ordinaire du camp. L’effectif est donc d’environ cent cinquante bonhommes.
Une particularité de notre unité : elle est constituée d’une quarantaines de harkis répartis dans les différentes sections opérationnelles.
Un harki est un Algérien, en principe pro-français qui, moyennant un salaire, s’est engagé dans l’armée. Il y a quelques gradés parmi eux. Je me souviens de l’un d’eux qui a été nommé maréchal des logis, l’équivalent de sergent, pendant mon séjour.
Il n’est pas dans notre section. C’est un sacré bon élément sur le terrain.
En général, quand nous sommes au camp, les harkis vont voir leur famille, sans arme. Je ne suis pas sûr qu’ils n’aient pas un revolver dans une poche.
Certains harkis ont déjà la cinquantaine. Il est souvent difficile de leurs donner un âge. Bien qu’ils ne soient plus très jeunes, ils tiennent le coup sur le terrain car ils ont l’habitude des marches en montagne.
J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres commandos composés presque en totalité de harkis. L’encadrement seul était européen.
Revenons à mon commando et parlons de son équipement et de son armement.
C’est important pour comprendre notre mission et notre engagement. Une section comme la mienne se compose de trois équipes de « voltigeurs » et de deux équipes de soutien dénommées « pièces ». Chaque équipe est constituée, en principe, de cinq à six soldats. Au total une section comprend donc trente à trente cinq gars.
Dans un commando une équipe de « voltigeurs » doit pouvoir se déplacer très vite sur le terrain.
Elle est donc pourvue d’un armement léger : trois soldats avec un pistolet-mitrailleur et trois autres avec des fusils lance- grenades.
Les pistolets-mitrailleurs ( PM en abrégé ) sont des MAT 49.
MAT est l’abréviation de Manufacture d’Armes de Tulle. Le pistolet-mitrailleur est communément appelé mitraillette.
C’est une arme assez courte et légère qui tire des balles en rafale. La MAT 49 est entièrement en acier.
C’est un PM de qualité, léger et très maniable. Il est d’une grande simplicité de conception. Je ne l’ai jamais vu tomber en panne, même dans les pires conditions d’utilisation.
Sous la pluie pendant plusieurs jours, couvert de boue, il ne s’est jamais enrayé.
Ce PM a équipé l’armée française et dnc la gendarmerie pendant de nombreuses années.
Les fusils sont des MAS 36 au début, puis des MAS 49 et enfin des MAS 56. MAS est l’abréviation de Manufacture d’Armes de Saint-Etienne.
Chaque équipe est commandée par un brigadier.
Je fais encore une parenthèse pour vous expliquer qu’il y a une différence de dénomination entre les grades de l’artillerie et de l’infanterie.
Dans l’artillerie, la cavalerie et le train les premiers grades sont : brigadier, brigadier chef, maréchal des logis, maréchal des logis-chef et maréchal des logis-major .
C’est l’équivalent de caporal, caporal chef, sergent, sergent-chef et sergent-major dans les autres armes. Les grades suivants, à partir d’adjudant, sont les mêmes.
Fermons la parenthèse.
Les harkis sont souvent porteurs d’une musette de chargeurs pour fusil mitrailleur ou d’un équipement spécial pour le lancer de grenades à fusil.
Cette grenade est vulgairement appelée « patate » et le fusil le « lance-patate ».
Cette « patate » a une forme assez effilée, aérodynamique pour faciliter sa pénétration dans l’air.
Elle est munie, à sa partie inférieure, d’ailettes directionnelles. Certaines font du bruit en vol. La technique consiste à placer la grenade au bout du fusil et à enlever la sécurité d’extrémité. Ensuite, il faut introduire une cartouche spéciale dans le canon et poser la crosse du fusil par terre pour amortir le choc. Le tir consiste à incliner et orienter le fusil selon la distance et la situation de l’objectif.
Je ne me suis jamais servi de grenades à fusils.
J’ai une bonne histoire, véridique, à ce sujet.
Au cours d’un accrochage, alors que deux ou trois rebelles se sauvent, un harki a voulu leur balancer une « patate ».
Dans la précipitation il oublie d’enlever la sécurité. Notre ami a tellement bien visé que l’un des « fel » prend la grenade dans le dos sans exploser.
Nous avons pu récupérer notre rebelle qui était, malgré tout, mal en point. C’est une histoire qui a fait le tour du camp.
J’ai eu l’occasion de revoir cet harki tirer des grenades. Il est très doué et, à mon avis, ce n’est pas par chance qu’il a réalisé cet exploit.
Une équipe de soutien comprend le même nombre d’individus mais avec un armement un peu plus lourd : un chef d’équipe avec une MAT, un tireur avec un fusil mitrailleur, le fameux FM 24-29, et trois ou quatre porteurs de munitions pour le FM et équipés chacun d’un fusil.
Chaque porteur doit donc se coltiner, en plus de son barda, de son fusil et de ses munitions personnelles, une musette de chargeurs pour le FM : une dizaine de chargeurs dans chaque musette. La musette est en tissus épais imperméable et possède des bretelles en cuir. Nous l’installons sur le dessus du sac à dos. Vous imaginez la hauteur et le poids de l’ensemble.
Dans chaque section il y a au moins un ou deux gars avec un fusil à lunette. Ce fusil est, bien sûr, confié aux très bons tireurs. Je ne crois pas, qu’à l’époque, beaucoup d’unités avaient ce genre d’armement.
Je n’ai jamais eu l’occasion de m’en servir. Je vois encore les gars, possesseurs de ces lunettes, les bichonner avec soins. Ils n’ont pas toujours la lunette avec eux. Tout dépend du type d’opérations.
A la tête d’une section de combat il y a souvent un militaire de carrière : un maréchal des logis chef, un adjudant ou un adjudant chef.
Parfois nous avons un appelé comme nous, un sous-lieutenant qui a fait EOR ( Elèves Officiers de Réserve).
Ce chef de section a deux ou trois maréchal des logis ou brigadier chef pour le seconder. Ils ont des cartes d’état major, une boussole et une paire de jumelles.
Ils sont munis également d’un petit poste radio, le PP8 de portée limitée : deux à trois kilomètres, quelques fois moins en montagne.
Le chef de section dispose de trois ou quatre gars avec des MAT et d’un opérateur radio avec son poste C10 pour former une petite unité de commandement. J’allais oublier. La section de commandement, composée de quelques gars, est sous les ordres directs du chef de commando. Ils ont un armement divers. Il y a également dans cette section un radio avec son C10 et un infirmier avec son sac de premiers secours.
Une particularité de l’armement pour clore le sujet. Les chefs de section sont équipés d’une carabine américaine ultra légère : la carabine m1 US.
Le commandant et les radios ont, en principe, un pistolet à la ceinture. Il n’est pas interdit, pour eux, d’avoir une autre arme : une MAT par exemple.
N’oublions pas toute la panoplie des grenades individuelles : défensives, offensives, quadrillées, lacrymogènes, incendiaires.
Je pense que c’est la grenade quadrillée qui fait le plus de dégâts.
J’ai vu les dégâts causés par ces quadrillées. C’est impressionnant. Je vous en reparlerai.
En principe ce sont les gars armés d’un PM qui ont des grenades : deux ou trois chacun. Ils les portent dans les deux poches du haut de la veste ou dans un étui en toile à la ceinture.
Nos cartouchières sont en cuir, quelque fois en toile.
Pour clore le sujet, n’oublions pas les fusées éclairantes pour la nuit. Quand elles sont bien lancées elles nous permettent de très bien voir autour de nous. Beaucoup de rebelles se sont faits piégés.
Voilà pour l’armement de notre unité de combat.
Parlons maintenant de notre équipement vestimentaire. Dans les deux à trois jours qui ont suivi mon arrivée au commando, j’ai touché un deuxième paquetage : le paquetage spécial commando.
Croyez-moi, il porte bien son nom.
Jugez en par vous-même.
Il comprend : la veste camouflée, la casquette camouflée avec rabats arrières pour se protéger du soleil, le béret noir, la veste fourrée (rien à voir avec la veste matelassée de certaines unités), l’anorak avec capuche, les chaussures rangers en cuir, les chaussures pataugas en toile pour les longues marches.
La chaussure pataugas ressemble, par la forme, à la chaussure de basket de l’époque. En toile imperméable avec extrémités renforcées et semelle épaisse, elle est idéale en montagne.
Beaucoup de randonneurs en sont encore équipés aujourd’hui.
Je continue. La djellaba très utile pour les nuits à la belle étoile, le duvet, la toile de tente camouflée et pour clore le tout le poignard commando. Je crois que j’avais aussi une paire de gants kaki en laine. Je ne me suis jamais servi du duvet : trop encombrant à trimballer et trop voyant dans la nature.
Il est de couleur bleu ciel. Normalement il doit être enveloppé dans la toile de tente. Comme si nous avions le temps de faire tout cela sur le terrain. Mon duvet me servait de couverture supplémentaire, en hiver, sur mon lit de camp.
Le béret noir a la même taille que les bérets rouges et verts des paras et de la légion. Il y a une façon bien particulière de le porter. Il doit être replié à l’intérieur sur le côté gauche et relevé sur le côté droit. Il doit recouvrir légèrement le front.
C’est facile de reconnaître les jeunes recrus. Ils donnent l’impression d’avoir une galette sur la tête.
Ils apprendront comme tout le reste. Nous sommes tous passés par là.
Avec les anciens nous apprenons aussi à retailler nos pantalons car ils sont trop larges aux jambes. Les pantalons trop larges font du bruit la nuit.
Avouez que pour une unité comme la notre, dont la principale qualité sur le terrain est le silence, c’est un comble. N’oublions pas non plus que la mode, à l’époque, est plutôt au pantalon fuseau.
En fait, nous ne les retaillons pas. Nous faisons un pli intérieur tout le long de la jambe. Pour ce faire nous nous débrouillons pour trouver fil et aiguille. Comme nous le faisons nous-mêmes ce n’est pas toujours sensationnel.
Parfois ils sont cousus avec du fil blanc quand ce n’est pas avec de la ficelle. Nous ne participons pas à un défilé de mannequins. Dans le bas du pantalon nous rajoutons un élastique. C’est la classe.
Il faut avouer que certains ont une drôle de dégaine. Là aussi notre hiérarchie militaire nous fout la paix avec ce genre d’extravagance. Nous avons vraiment l’air d’une équipe de « branquignoles ».
J’ai appris à voyager léger donc pas de matériel ni de vêtements superflus.
J’allais oublier. Nous avons aussi des caleçons longs en coton pour les nuits d’hiver. Ne riez pas mesdames car je m’en suis beaucoup servi.
Notre tenue de sortie est identique à celle des autres hormis le béret noir, les rangers et l’insigne de commando sur la manche droite du blouson en hiver ou de la chemise en été.
L’insigne, en tissus, représente un trident de gardian argent et noir sur fond rouge avec l’inscription commandos de chasse en blanc au-dessus du trident. C’est le général CHALLE, le créateur des commandos de chasse, qui l’a institué en 1959. Normalement nous portons également une fourragère, des épaulettes et l’insigne du régiment.
Comme nous ne sommes pas très disciplinés, la plupart du temps nous ne mettons pas ces attributs ornementaux. En fait de sorties, elles ne sont pas très nombreuses et pour aller où ?
Nous sommes en opération aussi bien le samedi et le dimanche qu’un autre jour de la semaine.
Voilà pour mes nouveaux vêtements. Je suis fin prêt et équipé de neuf pour le baroud.
Le baroud ! J’en ai fait un sacré paquet.
L’organisation pour les opérations est bien conçue et ne laisse rien au hasard.
Une section sur quatre, à tour de rôle, ne part pas pour assurer la protection du camp pendant une semaine. Les trois autres sections et le commandement sont prêts à partir à tout moment. A mon arrivée les quatre sections partaient en opération.
C’est donc environ une centaine de gars qui constitue le commando sur le terrain. Le transport se fait par des camions GMC ou des hélicoptères Sikorsky.
C’est la première fois que les hélico sont vraiment utilisés pour le transport de troupes : la légion, les paras et les commandos.
Inutile de vous dire que notre armement est prêt en permanence.
Chacun révise sa panoplie dans l’heure qui suit un retour d’opération.
Il nous est arrivé de rentrer au camp en fin de journée et de repartir la nuit suivante ou le lendemain matin.
Notre survie dépend, avant tout, de l’état de notre armement individuel. Tout le monde le comprend très vite. Cette tâche consiste à nettoyer son arme personnelle et à vérifier son bon fonctionnement, à se réapprovisionner en munitions de toutes sortes.
Il faut également vérifier les chargeurs, les alimenter en balles sans oublier les traçantes.
Une balle traçante est une balle visible la nuit, qui permet donc de corriger son tir. En fait de visibilité, la balle ressemble à une braise incandescente de couleur rougeâtre ou jaunâtre. Nous en mettons une sur cinq ou six. C’est assez efficace.
J’en ai utilisé beaucoup dans mes chargeurs quand j’étais tireur FM.
Nous devons aussi mettre des piles neuves dans les radios et vérifier leur bon fonctionnement.
La radio est également un élément de survie. Rien n’est laissé au hasard. Tout est important.
J’allais oublier. Il faut inspecter son équipement vestimentaire, son état, sa propreté souvent discutable.
A ce propos nous ne sommes pas les rois du lavage.
La propreté de nos tenues comme de nous-mêmes laisse souvent à désirer. Nous ne sommes pas rasés de près tous les jours.
C’est seulement quand tout a été revu et corrigé que nous nous reposons et ceci même quand nous avons passé plusieurs jours sur le terrain.
Un début d’opération se fait à peu près toujours de la même façon.
La consigne vient en général d’un sous-officier de la section et arrive toujours quand nous nous y attendons le moins. Messieurs, départ dans une heure. Prévoyez les rations et tout ce qu’il faut pour un, deux, trois jours. Attention on restera peut-être plus longtemps. Nous serons ravitaillés sur place par un camion ou un hélico. Quelques copains vont chercher les rations et le pain à l’ordinaire. Le pain est un peu plus petit qu’un pain de deux livres.
Nous avons un demi-pain par jour et par bonhomme. C’est suffisant. Je n’en ai jamais manqué.
Quand je suis arrivé au commando, nous avions le célèbre pain de guerre. J’ai eu l’occasion de le goûter. C’est une calamité. De la taille d’un grand biscuit, il est dur comme du caillou. Je n’exagère pas du tout. Il faut le faire tremper dans de l’eau, pendant un bon moment, et avoir de bonnes dents pour pouvoir le croquer. Impossible de le consommer sur le terrain.
Il y a eu, comme qui dirait, un début de révolte avec ce pain, si bien que notre commandant l’a supprimé et remplacé par du pain frais. Il a disparu de nos rations aussi vite qu’il était venu.
Les conserves n’ont pas d’étiquette ni de marque. Les boites, principalement du corned-beef, sont d’une couleur kaki-vert.
Le corned-beef est de la conserve de viande de boeuf. Ce n’est vraiment pas terrible comme goût. Il y a également une espèce de boite de pâté qui n’est pas trop mauvaise.
Chacun prépare son sac comme il l’entend. En général on vide les boites de ration pour trier son contenu.
Nous gardons les conserves, le sucre, les sachets en poudre de café et d’orangeade, sans oublier le petit flacon de gnole. Ah ! le flacon d’eau de vie, quel souvenir ! Tout le monde le boit en opération.
Il nous donne un petit coup de fouet quand on est crevé.
Il nous remonte le moral et nous occulte la peur. Ne me demandez pas de quel fruit sort cet alcool miracle. Je ne le sais pas. Je me souviens qu’il était légèrement ambré et assez fort. Je classerais ce tord-boyau miracle plutôt dans les eaux-de-vie de pommes, autrement dit un mauvais calva.
C’est l’équivalent du fameux quart de vin pendant la grande guerre.
Tout le reste, sachets contre le palu ou autres maladies pas toujours avouables, direction poubelle.
Je me souviens, qu’après épuration, deux rations tenaient dans une seule boite. Toujours le souci de porter léger. Je mettais une ration dans chaque poche de côté du sac donc deux jours de bouf. Dans son carton d’emballage et en serrant un peu elle fait juste la taille d’une poche. J'avais donc deux jours de bouf.
On s’habille suivant l’époque de l’année. Nous vérifions le contenu de notre sac à dos.
Equipés de notre armement et de notre sac bien rempli, nous nous rassemblons dehors en attente des camions. Le chef de section vérifie la présence de ses gars et leur équipement.
Les camions arrivent dans un nuage de poussière. En général ils sont toujours à l’heure et l’embarquement se fait aussitôt dans les six ou sept GMC prévus pour notre transport.
Ce sont souvent les mêmes chauffeurs. Nous nous lions d’amitié avec eux car ils font également un sale boulot.
L’habitude de nous trimbaler sur de mauvaises pistes en font des as du volant. J’aurai l’occasion de vous en reparler. Une caractéristique de notre installation dans les camions : leur arrière est à moitié abaissé pour faire une petite plate-forme.
Ceci permet l’évacuation rapide des camions en cas de besoins et, surtout, l’installation en batterie pendant le parcours, d’un FM sur sa béquille.
Parfois une indiscrétion d’un sous-off permet de connaître notre destination. Je crois que, dans certains cas, il vaut mieux ne rien savoir.
En route vers notre destin.
Cette explication étant terminée, revenons à mon affectation dans la quatrième section du commando. Me voilà parachuté dans une équipe de soutien.
Je suis doté d’un fusil MAS36 et chargé de porter l’une des fameuses musettes de chargeurs FM.
La galère.
C’est avec cette saleté de musette que j’ai le plus souffert physiquement. Le MAS36 est un fusil solide mais plutôt archaïque. Je n’ai jamais compris pourquoi l’armée avait autant de retard dans l’attribution de son armement.
Pendant mes deux ans d’Algérie, j’ai eu le privilège de voir trois fusils différents : Le MAS36 donc, le MAS49 et le MAS56 à la fin de mon séjour. Le MAS36 n’a pas de chargeur. Il est pourvu d’un magasin à cartouches.
L’inconvénient est de devoir réintroduire une cartouche dans le canon après chaque tir : il n’est pas automatique.
Les deux derniers sont munis d’un chargeur mais le MAS56 est quand même plus léger et surtout plus court.
Pour nos munitions, nous avons des cartouchières en cuir à la ceinture.
Elles servent à mettre des balles pour le MAS36 ou des chargeurs pour le MAS49, le MAS56 et la MAT.
Quelques copains ont des cartouchières en toile qui sont moins dures et plus légères.
Je me demande comment ils se les ont procurées.
Certaines unités de paras sont équipées d’une petite mitrailleuse légère à la place du FM, la AA-52, conçue pour les sauts en parachute.
J’ai eu l’occasion d’en voir au cours de certaines opérations. Notre unité n’en a jamais vu la couleur.
Pourtant elle nous aurait sacrément rendu service, surtout pour moi, pour les sauts d’hélico et les ratissages en forêt.
Le FM mesure plus d’un mètre cinquante de long. C’est assez encombrant quand vous l’avez en bandoulière.
Ma quatrième section est commandée par un adjudant- chef d’une bonne quarantaine d’année. Il y a également un maréchal des logis et deux ou trois brigadiers- chefs. Cette section est à peu près au complet quand je débarque à Kherba. Il y a pas mal d’anciens : des gars qui ont déjà quelques mois de commando.